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Les leviers de la renaissance industrielle bretonne : regards croisés entre Loïg Chesnais-Girard et Anaïs Voy-Gillis

podcast Les leviers de la renaissance industrielle bretonne : regards croisés entre Loïg Chesnais-Girard et Anaïs Voy-Gillis

Temps de lecture : 5 min

Publié le 06/05/2026

À l’occasion de l’assemblée générale de Bretagne Next le 30 avril 2026, Loïg Chesnais-Girard, président de la Région Bretagne, et Anaïs Voy-Gillis, géographe et directrice RSE du groupe Humens, ont échangé sur la place que peut tenir la Bretagne dans l’industrie française d’aujourd’hui et de demain. Entre diagnostic et vision pour l’avenir, cet échange à retrouver en podcast dessine les contours de la Bretagne de demain et à laquelle son agence de développement économique joue son rôle pour déchiffrer et dérisquer les opportunités pour les entreprises et leur donner un coup d’avance. Un échange à retrouver en intégralité dans notre dernier podcast.

L’industrie française en 2026 : état des lieux et causes de la désindustrialisation

En préambule de cette table ronde, Anaïs Voy-Gillis a dressé un tableau du déclin industriel français. Entre réglementations, ouverture aux marchés mondiaux, montée en puissance de l’Asie et de l’Europe de l’Est pour obtenir de la main-d’œuvre peu coûteuse et externalisation des activités de production, les raisons de la désindustrialisation sont nombreuses.

Les crises de 2008 et de 2020, économiques, sanitaires et géopolitiques, et plus récemment de 2026 avec le détroit d’Ormuz ont amorcé des tournants pour revoir les modes de production et mis en exergue la nécessité d’une capacité productive nationale.

La Bretagne face aux chocs industriels

Face à cette désindustrialisation qu’a également subie le territoire, Loïg Chesnais-Girard assure que « l’industrie est le seul outil permettant d’offrir de l’emploi diversifié partout en Bretagne, dans les petites villes comme en périphérie ».

La Bretagne dispose de socles industriels forts : l’alimentation, la défense, l’énergie, la cyberdéfense/cybersécurité, les télécoms, l’électronique… « La Bretagne, dans ses choix industriels, a un avenir. C’est une chance pour nous. Afin de réussir ces missions, la qualité de vie participe à notre compétitivité. »

Il appelle également à éviter le « conservatisme qui empêche la Bretagne d’avancer ».

Le rôle de l’industrie et ses impacts

L’industrie crée de la valeur et de l’emploi selon Anaïs Voy-Gillis. « Il est compliqué de distribuer quelque chose ou redistribuer quelque chose quand on n’a plus rien. Et là, on est en train de se rendre compte qu’on crée moins de valeur en France et qu’on est tous en train de se battre pour partager un gâteau qui se réduit. »

Elle est également un levier de souveraineté et par conséquence de liberté favorisant l’indépendance vis-à-vis d’autrui. « Si nous désirons fonder un modèle de société, une vision pour ce pays, il faut avoir les moyens de décider ce que nous voulons faire collectivement. Sans dépendre des uns et des autres, auquel cas, nous n’arriverons jamais à construire une ambition partagée collectivement. »

L’industrie ruisselle sur l’innovation. 70 % de la R&D est financée par l’industrie et elle constitue un levier de transition écologique. « Produire sur le territoire français, au regard de notre mix électrique, c’est mieux disant d’un point de vue environnemental que de le faire à l’autre bout du monde. C’est aussi rapprocher le lieu de consommation et le lieu de production, c’est réduire les stocks, etc. »

La méthode bretonne au regard de ses contraintes

Loïg Chesnais Girard pointe trois contraintes structurelles pour l’industrie en Bretagne : la baisse démographique amenant une chute du nombre d’actifs, le foncier et les ressources en eau.

« Lorsque l’on visite des sites industriels, nous percevons cette problématique du manque d’hommes et de femmes disponibles dans tous les niveaux de l’entreprise. » La Bretagne doit cultiver son identité de terre d’accueil pour préparer les Bretons de demain.

La Bretagne a embrassé le sujet du ZAN (zéro artificialisation nette) pour maîtriser le foncier. « Les entreprises les plus performantes seront celles qui seront les plus compactes, celles qui auront le mieux intégré ces enjeux de compacité sur nos territoires. Et les collectivités qui iront bien dans les années qui viennent sont celles qui auront maîtrisé la taille de leur territoire y compris pour le coût du service public. »

Enfin, la réduction des ressources en eau constitue un facteur limitant pour les industriels et pose la question de son allocation.

Des choix ont ainsi été faits sur la base de ces paramètres. Comme le refus d’implantation de data centers ou d’usines spécifiques nécessitant des moyens importants en eau et en foncier.

L’énergie, un atout pour la Bretagne et son industrie ?

Pour Loïg Chesnais-Girard, le territoire ne peut « rater cette aventure industrielle ». Il fait référence, notamment, aux énergies marines renouvelables pensées par ses prédécesseurs au tournant des années 2010. Un investissement de long terme a été fait dans les énergies marines renouvelables (EMR) avec le lancement, notamment, de Bretagne Ocean Power, sa bannière collective pour le développement des EMR.

Des investissements industriels ont été faits. Notamment avec le polder de Brest constituant une infrastructure de premier ordre pour l’accueil de projets éoliens. Après plusieurs années de concertation, deux zones éoliennes offshores ont été approuvées : 1,2 GW au nord (à 18 km de Roscoff) et 550 MW au sud, en complément des 500 MW du parc de Saint-Brieuc.

Des filières industrielles d’avenir sur le plan national

Anaïs Voy-Gillis cite, notamment, l’aéronautique, le spatial, l’agroalimentaire, l’énergie, la défense comme des filières d’avenir pour la France. Mais elles n’ont aucune valeur « sans une vraie feuille de route de l’Union européenne en matière industrielle et sans la définition d’un horizon commun de la part des acteurs locaux ».

Elle salue l’approche de Relocalisons.bzh car elle engage concrètement chaque acteur dans une démarche collective d’achats locaux. Loïg Chesnais-Girard met en avant « la défense, la cybersécurité et l’alimentation » sans oublier « la Bretagne multiple qui trouvera toujours des pépites dans d’autres secteurs. » Il insiste sur la nécessité de faire entendre la voix bretonne à Paris et à Bruxelles pour capter les fonds post-2027.